STOICISME

le bonheur par la vertu

Les philosophies de l’Antiquité séduisent parce qu’elles ne proposent pas simplement un système de pensée, mais une méthode de vie. Pour vivre heureux et libre, selon les stoïciens, il ne faut pas lutter en vain contre ce qui ne dépend pas de nous, mais au contraire l'accueillir et nous abstenir des vices et passions qui nous y exposent...

Nous n'acceptons pas toujours l'existence telle qu'elle est : par exemple, si je suis jaloux des biens de mon voisin, cette jalousie est une représentation de mon esprit. Mon voisin n'est pas responsable de ce que je me laisse envahir par cette pensée.

Le bonheur implique une sagesse, une liberté acquise par un certain détachement des émotions, une connaissance des lois universelles du monde. Aucun événement ne se produit sans cause, même si nous n'avons pas toujours l'opportunité de la connaître. La surprise, le sentiment de coïncidence vient que l'on ignore la cause.

La vertu s'identifie à une vie conforme à la raison, laquelle participe en tout homme de la raison universelle. "Il y a ce qui dépend de nous et ce qui n'en dépend pas". Etre vertueux, c'est donc d'abord en avoir pris conscience, afin de comprendre avec humilité nos limites.

Ce qui dépend de nous, ce sur quoi nous pouvons agir, c'est notre libre arbitre et tous les actes qui dépendent de ce libre arbitre. Ce qui n'en dépend pas concerne ce sur quoi nous n'avons aucune influence. Il convient de bien faire la différence entre les 2, et ainsi mettre en cohérence nos actes et nos pensées.

HUMOUR : IL DÉPEND DONC DE NOUS DE NE PLUS DÉPENDRE DE CE QUI NE DÉPEND PAS DE NOUS !

Il dépend de moi de m'engager, d'agir, de rechercher la vérité (croyance, tendance, opinion, désir, refus...)

Mon corps, mes proches, ma fortune, mes conditions de naissance, l'opinion des autres, ma patrie ne dépendent pas de moi, ainsi que naître à tel ou tel endroit, être grand, fort, puissant ou influer seul sur le sort du monde. 

Je ne dois pas être affecté par ce qui ne dépend pas de moi. La colère ne va pas faire disparaître les causes de la colère.
A défaut de changer la réalité, je peux plus sûrement modifier ma représentation de la réalité.

Ce n'est pas du fatalisme car je peux bien sûr choisir d'agir sur tout ce qui dépend de moi. Par contre, il ne m'appartient pas de faire à la place des autres.

A l'impossible, nul n'est tenu. Si j'ai des ambitions démesurées, je vais rencontrer des obstacles provoquant douleur et frustration.

Ne supportant pas de ne pas avoir une emprise sur le monde, certains refusent d'agir. Leur conduite est alors davantage dictée par l'émotion, l’ego, le désir de toute puissance.

Je ne dois pas uniquement savoir qu'une limite existe, je dois aussi l'accepter au plus profond de mon être : par exemple, accepter la mort, car il est inhérent à la nature humaine de naître, vivre et mourir.

Accepter une chose comme une loi de la nature, c'est pouvoir m'émanciper du chagrin et de la tristesse que cela véhicule.

L'individu est peu dans l'instant présent, davantage dans le passé ou la projection de l'avenir.

 

La mort nous emporte mais on ne la rencontre jamais. L'angoisse de la mort est l'angoisse d'une idée, d'une représentation mentale et pas d'une réalité.


Homme d'action autant que méditatif, le sage n'est plus seulement celui qui sait, mais celui qui sait vivre : implication dans les affaires publiques, valeurs du civisme (se marier, être pieux, prendre soin de siens, servir l'état)

L'interdépendance de la nature humaine induit un devoir humain de tout être envers tout être. Le sage stoïcien est appelé de l'intérieur à accomplir son devoir de "citoyen du monde".

Ne dites pas : "j'ai perdu cela !" mais "je l'ai rendu !" , usant ainsi de toute chose qui ne nous appartient pas, comme les voyageurs usent de l'hôtellerie.

"Qui donne ne doit jamais s'en souvenir". "Si tu as fait du bien à quelqu'un, ne te suffit-il pas d'avoir agi selon ta nature. Cherches-tu encore à en être payé ? C'est comme si l’œil exigeait une récompense pour voir, et les pieds pour marcher."

Le souci de Soi est un principe directeur pour ensuite se préoccuper du souci de l'Autre. Au-delà d'une activité solitaire, il est lié à des pratiques sociales, à des rapports d’amitié, de « confrérie ».

"Le souci de soi correspond à un idéal éthique de transformation de soi plus qu’à un projet de connaissance de soi par soi-même."

L’individu ne peut pas être seul opérateur de sa propre transformation. Il a besoin qu’un autre lui tende la main.  [13] Ibid., 58. 36

 


Amour et compréhension même devant l'aspect désolant du monde. Accepter ne veut pas dire justifier ou légitimer.

Accueillir tous les événements sans s'enfermer dans sa sagesse, en communication avec le monde (préoccupation constante d'un ordre universel et d'une communauté humaine).


EXERCICES SPIRITUELS

La retraite stoïcienne n’est pas une rupture de la vie sociale, mais une mise à distance des obligations civiques et des conventions, nécessaire à l’examen de soi et au bon exercice de son jugement. La méditation n'est pas une fin en soi mais un moyen d'atteindre la tranquillité intérieure, de s'imprégner des bonnes représentations à la source de nos pensées et comportements.
Pensez chaque matin au privilège de vivre, de respirer, d'être heureux.

L’exercice du matin consiste d’après Porphyre « à examiner les actes futurs » pour « prévoir l’avenir » chaque matin. Penser à la journée qui se présente et aux actes que je vais poser tout au long de la journée. Non pas tout prévoir, mais prévoir les différentes situations dans lesquelles je vais me trouver, et donc les différentes actions que je vais probablement poser. A RENFORCER PAR UNE LECTURE INSPIRANTE.

L’exercice du soir consiste d’après Porphyre, à « examiner les actes déjà accomplis » pour « se rendre compte à soi-même des actions passées ». Se remémorer à la fin de la journée les bonnes et les mauvaises actions faites au cours de la journée, grâce à un retour sur soi aussi appelé examen de conscience (conscience = domaine intérieur et subjectif des pensées, des jugements et des valeurs de chacun.)


MARC AURELE, L'EMPEREUR

L'Univers est à la source de toute chose : la gueule du lion, la boue, les épines...

"S'il y a des ronces sur le chemin, passe à côté d'elles, c'est la seule chose à faire. Si la chose dépend de toi, pourquoi la fais-tu ? Si d'un autre, qui accuser ? Les atomes ou les Dieux ? Dans les deux cas ce serait folie. N'accuse donc personne."

"Tu peux toujours, quand tu le veux, à ton heure, trouver un asile en toi-même ! Nulle part, en effet, l'homme ne peut goûter une retraite plus sereine ni moins troublée que celle qu'il porte au dedans de son âme."

Se garder du mépris, de la haine et par la pensée œuvrer à son amélioration et à celle du monde.

Un homme ordinaire est exigeant avec les autres, un homme extraordinaire est avant tout exigeant avec soi-même.

"Songe que tout n'est qu'opinion, et que l'opinion elle-même dépend de toi. Supprime donc ton opinion; et, comme un vaisseau qui a doublé le cap, tu trouveras mer apaisée, calme complet, golfe sans vagues".

"Si tu t'affliges d'une cause extérieure, ce n'est pas elle qui t'importune, c'est le jugement que tu portes sur elle."

Vigilance à chaque instant de la vie qui s'inscrit dans la continuité du précédent et du suivant.  On ne peut perdre ni le passé ni l'avenir : comment pourrait-on être privé de ce qu'on n'a pas ?

"En soi se trouve la source du bien. Elle jaillit sans arrêt si tu ne le lasses pas de creuser."

"Dès l'aurore, dis-toi d'avance : je rencontrerai un indiscret, un ingrat, un insolent, un fourbe, un envieux, un égoïste. Peut-on imaginer un monde sans impudents ?"


EPICTETE, l'esclave

Sustine et Abstine ; « Supporte » tous les maux qui ne dépendent pas de toi et « abstiens-toi » des plaisirs qui peuvent t'exposer à ces maux. Ce qui dépend de nous doit être compris comme ce qui dépend de soi en toute circonstances.

Maîtrise de soi et de ses émotions, lucidité et discernement sur ce qui dépend ou pas de nous, sur les raisons et les moyens de changer ce qui doit l'être.

"Tu joues dans une pièce dont le metteur en scène a choisi les rôles que l'on doit jouer à un moment donné". Si tu dois jouer le rôle d'un mendiant, joue le de ton mieux." Notre libre arbitre se manifeste dans l'usage des matières, le style, la manière, notre interprétation en accord avec le principe et les valeurs universelles.

"Maintes fois je me suis étonné de ce que chaque homme, tout en s’aimant de préférence à tous, fasse pourtant moins de cas de son opinion sur lui-même que de celle que les autres ont de lui […] Ainsi nous appréhendons davantage l’opinion de nos voisins sur nous-mêmes que la nôtre propre. "

"Ce qui trouble les hommes ce ne sont pas les choses mais les opinions qu'ils en ont."

"Ne te préoccupe pas des intentions d'autrui et travaille plutôt à la concorde des autres en contribuant au bien commun."

"La Nature peut m'écraser mais ne peut pas me forcer à mentir." L'extérieur ne doit pas avoir de prise sur soi.


SENEQUE

Alterner solitude et vie en société, progresser sur le chemin de la sagesse. 

Heureux celui qui ne désire ni craint plus grâce à la raison. Réalise ton oeuvre et joue le rôle de l'homme bon (maîtrise de soi quelque soit le rôle tenu). 

"Comprendre" dans le sens de suivre les conséquences : la concorde n'existe que dans la vertu. S'attacher à des choses qui ne dépendent pas de soi mène logique-ment à être entravé ou contrarié.

S'investir dans la vie publique, mais si les remous sont trop forts, se replier dans sa forteresse intérieure.

Privilégier ainsi l'otium, une vie de loisir consacrée à l'étude, en accord avec soi et l'Univers, par laquelle le sage reste utile et tranquille

La vie n'est pas courte, à nous de faire bon usage de notre temps. Beaucoup de temps inutile et perdu (on peut être un vieillard et avoir peu vécu). L'homme toujours dans l'action et l'avenir sans être présent, remet sa vie à plus tard.

L’homme fait partie d’un grand Tout universel plus vaste qui l’englobe, obéissant à une trame, une profonde logique qui rythme le monde, un Destin, une Providence, loin d'une notion de hasard absurde..

L’exercice de la méditation est une préparation à l’action, qui se fait dans le calme. Réalisé régulièrement, il permettra d’avoir sous la main les principes ou maximes nécessaires au jugement droit qui permet, dans une situation difficile, de ne pas être troublé.


Pour bien gouverner le monde, il faut bien se gouverner soi-même et veiller sur « ce génie qui est en nous » comme la meilleure part de l’âme à préserver de tout outrage et dommage.

Comprendre le monde est comprendre que ce qui arrive a des raisons d'être et d'arriver, même si je n'en comprends pas les causes ou le sens.

Désirer l'impossible est le meilleur moyen de rester dans l'inaction. La préoccupation des choses sur lesquelles on peut agir permet d'accroître une réussite certaine. Les personnes qui entreprennent de grandes choses ne se soucient exclusivement de qu'elles sont capables de faire.

La liberté n'est pas une simple liberté de choix, car nous sommes déterminés de l'intérieur, notamment par notre histoire et notre caractère.

« Etre stoïque, impassible, indifférent, c’est ne pas faire de différence, c’est-à-dire aimer également tout ce qui nous arrive et ne dépend pas de nous et de notre volonté". Les événements extérieurs à notre volonté sont replacés dans la perspective d’un ordre universel. 

Le bonheur est même l'inverse de la satisfaction du désir qui par essence ne dépend pas de nous et me fait même dépendre d'un objet extérieur.

C'est lorsque que je ne suis plus en manque que je suis comblé.

Confronté à l'offense, la maîtrise de soi permet de ne pas céder à la colère. Face à ceux qui agissent mal, rien ne sert de s'énerver. Dans ces cas, la marge de manœuvre est de les instruire.

L'individu en tant que partie de l'univers doit se conformer au fonctionnement de l'univers pour éviter illusion, colère et frustration : par exemple à la loi universelle, rationnelle et logique de cause à effet, semblable à la loi du Karma.

La maîtrise permet une juste distance avec les émotions qui pourraient nous faire souffrir.


PROXIMITÉS STOICIENNES

  • Saint Paul, Saint Augustin, les moines ayant pour livre de chevet le Manuel d'Epictète.
  • Les Essais de Montaigne, Le "Discours de la Méthode" de Descartes
  • L’Ethique de Spinoza (Dieu c'est à dire la Nature, régie par un principe universel, ordonné, harmonieux, rationnel)
  • Le Daïmôn de Socrate, cette force indéfinissable, ni humaine, ni divine, qui se manifeste sous la forme d’une voix intérieure, guidant l'homme dans ses choix importants, quand la raison devient elle-même insuffisante.
  • La souffrance en elle-même n’est pas rejetée par Nietzsche : elle fait partie de la réalité et elle est à la fois inéluctable et nécessaire.
  • "L'esprit des lois" de Montesquieu
  • 'Consolation de philosophie" de Boèce