OSER contes et autres histoires

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Nasr Eddin Hodja
Un homme du village mourut, laissant 17 chameaux à ses 3 enfants. Selon ses dernières volontés, l'aîné devait recevoir la moitié du cheptel, le second le tiers et le cadet le neuvième. Ne pouvant exécuter ces volontés sans couper des chameaux en morceaux, les trois enfants vinrent demander conseil au hodja Nasreddin. 

- Vous êtes en train de vous disputer pour rien, leur dit ce dernier. Je vais vous prêter mon chameau et votre problème sera résolu.

Ajoutant son chameau, il porta le troupeau à dix-huit têtes. Il donna la moitié à l'aîné, soit neuf chameaux, le tiers au second, soit six chameaux et le neuvième au cadet, soit deux chameaux. Ce qui fit un total de 17 chameaux. Il récupéra le chameau restant, qui était le sien, sur lequel il s'en alla.

 Jean de la Fontaine - La Poule aux œufs d'or

L'avarice perd tout en voulant tout gagner. Je ne veux, pour le témoigner, que celui dont la Poule, à ce que dit la Fable pondait tous les jours un œuf d'or.

Il crut que dans son corps elle avait un trésor.

Il la tua, l'ouvrit, et la trouva semblable à celles dont les œufs ne lui rapportaient rien,

s'étant lui-même ôté le plus beau de son bien. Belle leçon pour les gens chiches :

 Pendant ces derniers temps, combien en a-t-on vus qui du soir au matin sont pauvres devenus pour vouloir trop tôt être riches ?

Conte chinois (extrait des Philofables de Michel Piquemal)

 

Un peintre extraordinaire n'avait cessé durant sa vie de célébrer les beautés de la nature sauvage de son pays. Hélas, lorsque le vieil empereur mourut, des soldats vinrent l'arrêter pour le mener au palais du jeune empereur. Le vieux peintre ne comprenait pas ce que l'on pouvait lui reprocher.


- Jusqu'à ce jour, lui dit l'empereur les yeux pleins de haine, j'ai vécu dans ce palais tapissé de tes œuvres que mon père aimait tant. Ton art a pu nourrir les rêves de mon enfance. C'est par tes peintures que j'ai pu connaître la beauté, des montagnes, des fleurs, des rizières... Depuis la mort de mon père, j'ai pu enfin quitter ce palais et découvrir toutes ces choses par mes yeux. Je te maudis, car le monde que je vois n'arrive pas à la cheville des rêves que tes peintures ont fait naître en moi. Pour te punir, je te ferai crever les yeux et couper les mains. Mais, auparavant, je veux que tu termines ce tableau inachevé. Et il lui tendit un vieux rouleau. Le peintre l'examina. Cette esquisse qui datait de ses années de jeunesse représentait la mer de Chine, couronnée d'un grand ciel bleu.


Il s'empara alors de ses pinceaux, dessina de grandes vagues sur la mer, et au premier plan une barque en bambous. Puis il releva les pans de sa robe et, sous le regard médusé de l'empereur et de ses courtisans, il grimpa dans sa barque, saisit les rames et disparut à l'horizon.

Les cordes du luth (enseignement du Bouddha)

 Sona, disciple du Bouddha, fatigué des rigueurs de l'ascétisme, reprit le cours d'une vie de plaisirs. Le Bouddha lui dit:

 — N'étais-tu pas habile autrefois dans l'art du luth ? — Oui, Seigneur, dit Sona.

— Si les cordes sont trop tendues, le luth donnera-t-il le ton juste ? - Non Seigneur.

— Si elles sont trop relâchées, le luth donnera-t-il le son juste ? — Non Seigneur.

— Si elles ne sont ni trop tendues ni trop relâchées, se prêteront-elles à ce qu'on en joue ?

— Parfaitement, Seigneur.

— De même, Sona, les forces de l'âme trop tendues tombent dans l'excès, et trop relâchées, dans la mollesse. Ainsi donc, ô Sona, fais en sorte que ton esprit soit un luth bien accordé.

La parabole du radeau (enseignement du Bouddha)

 "Sâkyamuni (Bouddha) mettait en garde ses disciples contre un attachement excessif à son propre enseignement. Pour ce faire, il utilisait la célèbre parabole du radeau. Celui-ci, faute de pont et de bac, est absolument nécessaire pour passer le fleuve et passer de la rive dangereuse, à la rive où l'on se retrouvera en sécurité.

Mais lorsque, grâce au radeau, l'homme aura gagné l'autre rive, se dira t'il : "Il serait bon que je porte maintenant le radeau sur ma tête ou sur mon dos ?. "Ne devrait-il pas plutôt se dire : "Il serait bon que maintenant je dispose ce radeau à terre, ou que je le laisse à flot, et que je m'en aille là où il me plaira?"

De même, ô moines, j'ai enseigné une doctrine semblable à un radeau, elle est faite pour traverser, non pour être portée".

Enfer ou Paradis
Un jour, un homme mourut et il se retrouva dans une splendide demeure, entouré de tout le confort possible. Un personnage en veston blanc vient lui annoncer : « vous pouvez avoir tout ce que vous désirerez : les mets, les plaisirs, tous les divertissements possibles. »

L’homme, enchanté, se régala, des jours et des jours de tous les plaisirs, les délices dont il avait rêvé pendant sa vie terrestre. Mais un jour, lassé de cette existence, il appela son bienfaiteur en livrée, et lui déclara : «  je suis fatigué de tout cela.
J’ai besoin d’avoir quelque chose à faire. Quel genre de travail pourriez-vous me donner ? »

L’autre secoua la tête et répondit : « je suis désolé, monsieur. C'est la seule chose que nous ne pouvons faire pour vous. Nous n’avons aucun travail à vous donner. ». A quoi l’homme répondit : « Génial… je pourrais aussi bien être en enfer ! »

Le personnage en blanc reprit d’une voix douce : «  Mais où donc pensiez-vous être ? »

Un riche homme d’affaires était en
vacances en Inde. Un matin, sur la grève,
il aperçut la barque d’un pêcheur qui
rentrait.

– Oh là ! lui cria-t-il. La pêche a été bonne ?

Le pêcheur lui sourit et lui montra quelques poissons posés sur le sol de sa barque :

– Oui, c’est une bonne pêche.

– Il est encore tôt. Je suppose que tu y retournes.

 

 – Y retourner ? demanda le pêcheur. Mais pour quoi faire ?

– Mais parce qu’ainsi tu en auras plus, répondit l’homme d’affaires, à qui cela semblait une évidence.

– Mais pour quoi faire ?

   Je n’en ai pas besoin !

– Ceux que tu as en plus, tu les vendras !

– Mais pour quoi faire ?
– Tu auras plus d’argent.

– Mais pour quoi faire ?

– Tu pourras changer ta vieille barque contre un joli petit bateau.

– Mais pour quoi faire ?

 

 

– Eh bien, avec ton petit bateau, tu pourras avoir plus de poissons.
– Mais pour quoi faire ?

 – Eh bien, tu pourras prendre des ouvriers.

– Mais pour quoi faire ?

– Ils pêcheront pour toi.

– Mais pour quoi faire ?

– Tu deviendras riche.

– Mais pour quoi faire ?

– Tu pourras ainsi te reposer.

Le pêcheur le regarda alors avec un grand sourire :

 – C’est justement ce que je vais faire tout de suite. »